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Décédés Occitanie-Nord

Alexis MERCIER

Je me propose de retracer à grands traits la riche vie de notre camarade Alexis MERCIER du triple point de vue du beau soldat, du sportif de haut niveau en tant que pratiquant et dirigeant et enfin de l'homme passionné qu'il sut être jusqu'à la fin

Alexis MERCIER le soldat

Né le 14 août 1918 à Saint-Saturnin dans le Puy de Dôme, il est admis dans la nouvelle catégorie des Pupilles de la Nation créée par les lois de 1917 et 1920 soit qu'il ait été orphelin très jeune soit que les blessures de son père ne lui permettent plus de subvenir aux besoins de sa famille. Il fait de solides études littéraires classiques jusqu'au niveau du baccalauréat.
Appelé au service militaire, il devance l'appel et s'engage le 15 octobre 1937 au 92ème RI à Clermont-Ferrand. Il a tout juste 19 ans.
Il est déjà Sergent lors de la déclaration de guerre en 1939. Avec son régiment, il est déployé en octobre 1939 en avant de la ligne Maginot dans le secteur de Bitche face à Zweibrücken dans le Palatinat. Lancé en Belgique le 10 mai 1940, son régiment est le 12 mai devant Breda aux côtés de l'armée néerlandaise. Retraitant du 13 au 15 mai vers Anvers, il participe à la défense de l'estuaire de l'Escaut du 15 au 17 mai où son régiment supporte l'effort principal des blindés allemands puis au repli vers la poche de Dunkerque.  Le 92ème RI se trouve encerclé dans les faubourgs de Lille du 25 au 30 mai où il résiste jusqu'à épuisement des munitions. Avec 700 autres combattants du régiment le sergent MERCIER parvient à se frayer un passage de force vers Dunkerque et à embarquer le 31 mai sur le torpilleur Sirocco. Torpillé par 2 schnellboote à la sortie de Dunkerque, le Sirocco coule. MERCIER est recueilli par un bateau anglais et débarque en Angleterre le 1er juin avant d'être rapatrié sur Cherbourg pour participer à la défense du réduit breton. Il est fait prisonnier en Bretagne le 17 juin 1940.
Son comportement au feu est reconnu par la croix de guerre avec citation à l'ordre du régiment attribuée le 2 juin 1940.
En captivité de 1940 à juin 1945, il est d'abord interné dans un stalag de Poméranie d'où il fait 3 tentatives d'évasion avant d'être à chaque fois repris. Il termine la guerre détaché dans un kommando agricole, dans une ferme du pays de Bade où il noue avec la famille allemande des liens d'amitié qui perdureront toute la vie.
A son retour en France, il est promu rétroactivement Sergent-chef à compter du 16 octobre 1943, Adjudant le 1er décembre 1945 puis Adjudant-chef le 1er octobre 1949.
Entre-temps il a été reçu au concours de l'École nationale des Sciences géographiques où il effectue une scolarité complète de 1948 à 1951 ; il en sort ingénieur des travaux géographiques de l'État. Sa blessure de guerre a été homologuée en 1949 et ses tentatives d'évasion lui valent une deuxième croix de guerre accompagnant la médaille des Évadés avec citation. Inscrit au tableau en novembre 1949, il est promu Sous-lieutenant au 1er janvier 1951.
Comme géographe militaire, il entre pour 20 ans dans le cycle des guerres coloniales et de la contribution française à l'OTAN.
Volontaire pour l'Indochine, il est affecté à la batterie géographique d'Extrême-Orient de janvier 1952 à juin 1954. Promu lieutenant en janvier 1953, il est adjoint de la batterie avant d'en prendre le commandement. Dès son rapatriement, il est affecté à la batterie géographique des FFA de septembre 1954 à février 1956.
Volontaire pour l'Algérie, il effectue un long séjour opérationnel de 1956 à 1961 en tant que chef de la section géographique de la Xème RM d'Alger. Par sa fonction et sa forte personnalité, il y côtoie et conseille les principaux chefs militaires de la campagne. Il est promu capitaine le 1er juillet 1959. Les services rendus sont reconnus par deux Croix de la Valeur militaire avec étoile de bronze obtenue en avril et décembre 1958.
Exfiltré par le commandement en 1961, il est muté aux FFA pour prendre le commandement de la section géographique de l'EM/FFA à Baden-Baden. Il en conservera le commandement jusqu'en juillet 1970, date à laquelle il est promu Chef d'escadrons.
Il est alors muté à l'EAI de Montpellier où il fait valoir ses droits à la retraite anticipée le 6 janvier 1971.
Toujours actif dans la réserve, il sera promu Lieutenant-colonel en 1980. De retour à la vie civile, il entreprend entre 1971 et 1975 une carrière de directeur régional Midi-Pyrénées d'une entreprise de négoce de matériel d'imprimerie. Mais irradié accidentellement au cours d'une grave opération en 1974, il doit prendre un congé de longue maladie avant de prendre une retraite définitive en 1978.
Alexis MERCIER a ainsi consacré 33 ans de sa vie, dont plus de 13 années opérationnelles, au service des armées de la France. Il a été accompagné par Elina MAGNAUD, épousée en 1947 qui lui a donné 1 garçon et deux filles.

Alexis MERCIER le sportif et le citoyen engagé

Ceinture noire 3ème Dan de judo et des disciplines associées, Alexis MERCIER est agréé arbitre national de judo en 1966 et professeur diplômé d'État de judo et autres spécialités l'année suivante.
Sportif passionné et charismatique, pédagogue aguerri par vingt ans de formation des sous-officiers topographes et géographes des armées, il s'investit bénévolement comme formateur au judo-club de l'état-major à Alger entre 1957 et 1961 puis aux FFA jusqu'en 1970.
Mais il est aussi un cadre sportif de talent présidant aux destinées du judo-club des FFA pendant 9 ans tout en étant membre actif de la ligue de judo du Grand-Est.
Après une interruption d'une décennie due à sa reconversion civile et à sa maladie, période pendant laquelle il redevient simple licencié, il participe à la création du Judo-club gascon à Auch en 1980. Il en est pendant 16 ans le conseiller technique et seul professeur diplômé d'État.
L'âge venant, il prend de plus en plus de responsabilités à-partir des années 1990 au sein de la ligue régionale Midi-Pyrénées et dans les commissions d'arbitrage de son sport.
Il achève sa carrière de dirigeant sportif comme président d'honneur du comité du Gers.
Les services éminents qu'il a rendu à la cause du judo pendant plus de 40 ans lui ont justement valu de nombreuses reconnaissances régionales et nationales de ses pairs et communautés départementales.
Le patriote engagé qu'il a toujours été a été également très actif dans le monde associatif de la mémoire et des anciens combattants. De 1979 à 2015, il a ainsi milité dans le Gers sans relâche pour les Médaillés militaires, l'AORR, l'ONM, la SMLH dont il est resté vice-président pendant 15 ans, et enfin les DPLV.  Ce n'est qu'en 2015 qu'il a quitté ses dernières fonctions de délégué des DPLV à l'âge de 97 ans !

L'homme Alexis MERCIER

Je l'ai côtoyé et apprécié pendant près de 10 ans de conversations à bâtons rompus, souvent en accord, parfois en désaccord, toujours avec un plaisir partagé.
J'évoquerai d'abord le soldat aux qualités physiques et morales remarquables et l'officier sorti du rang, ayant su se former jusqu'à devenir un technicien reconnu et recherché dans sa spécialité ; mais aussi, ce qui est moins fréquent, ayant su être un excellent formateur et un guide pour les plus jeunes dans le métier.
Au fil de nos échanges, j'ai ainsi pu affiner le portrait d'une personnalité attachante : de l'exigence et de la passion, parfois colériques, de l'énergie et avec cela une chaleureuse empathie ; ces traits de caractère, autant que la compétence professionnelle, sont certainement à la base de l'estime et de la confiance que ses chefs successifs lui ont toujours accordés, partout où il a été appelé à servir. Il en était justement heureux et fier.
Je n'ai pas non plus de doutes que ce solide Auvergnat avec son héritage de détermination et de sens pratique, son franc-parler et son attention au bien-être de chacun a su gagner la confiance de ses subordonnés en toutes circonstances. Dans le cas contraire chez nous, on ne reste pas si longtemps aux commandes.
Son engagement sportif n'est pas moins riche que son parcours militaire. Il a été un judoka de très bon niveau. Mais je retiendrai d'Alexis MERCIER qu'il a su très tôt et inlassablement mettre sa passion et son art au service des autres en tant que formateur, professeur, conseiller technique, dirigeant et président.

Au bout de ce modeste portrait, je peux affirmer que nous avons perdu un soldat, un sportif et un homme que tout le monde respectait et aimait parce qu'il avait su servir efficacement mais toujours avec modestie et une grande attention portée aux hommes.

Décorations :

Chevalier de la Légion d’Honneur le 30/12/1959. Officier le 21/06/2001
Médaille militaire en 1948 pour faits de guerre
Officier de l'Ordre National du Mérite le 11/12/1970
4 citations
Croix de guerre (campagne de 1939) le 02/06/1940 avec citation à l'ordre du régiment
Croix de guerre le 18/10/1948 avec citation à l'ordre du régiment pour 3 tentatives d'évasion en captivité
Médaille des blessés
Médaille des évadés avec citation comportant croix de guerre à l'ordre du régiment
Croix de la valeur militaire (Algérie) du 28/04/1958 avec citation à l'ordre du régiment
Croix de la valeur militaire (Algérie) du 17/12/1958 avec citation à l'ordre du régiment
Médaille commémorative (campagne d'Indochine) de 1953
Médaille du mérite vietnamien de 1ère classe de 1954
Médaille commémorative (AFN) de 1956
Médaille coloniale avec agrafe EO
Titre de reconnaissance de la National
Médaille d'Or de la Jeunesse et des Sports en juillet 2003
Médaille Grand Or de la Fédération française des Médaillés ''Jeunesse et Sports'' en mars 2008
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